Cartels, trafic, travail d’enfants… l’Or Suisse perd de son éclat

Dépassant la barre des 1950 dollars l’once, avec un spread inférieur à 1 dollar sur le marché boursier, le cours de l’or vient de pulvériser son record historique datant de 2011. Mais derrière un marché aurifère florissant, se dissumulent, factions armées, blanchiment d’argent et travail des enfants, ces sombres coulisses contribuant silencieusement à l’enrichissement des gros importateurs comme la Suisse et les mines sud-américaines et africaines. Dans un rapport d’étude détaillé sur l’or intitulé « Détour Doré », l’ONG Swissaid lève le voile sur toute l’ambiguïté des relations entre la Suisse, ses importateurs et les intermédiaires, dont certains situés aux Émirats Arabes Unis.


La fortune des magnats de l’or suisse extraite par des enfants ?

Les meilleurs joailliers de Suisse seraient-ils approvisionnés par des gisements exploitant des enfants ? Cette question, posée de manière récurrente depuis plus d’un demi-siècle, continue a être soulevée régulièrement par les observateurs et organismes non gouvernementaux, mais sans la moindre conséquence tangible.

En 2005, l’OIT (Organisation Internationale du Travail) avait révélé une statistique effarante : au moins un million de jeunes enfants de 5 à 17 ans dans le monde seraient impliqués dans l’extraction illicite du métal jaune. En dépit de ces chiffres effrayants, jamais la responsabilité des acteurs helvètes – parties prenantes pourtant de plus de deux tiers des flux mondiaux d’or métal – n’avait fait l’objet du moindre questionnement spécifique.

Pourtant, le consensus est partagé : pour sa part, l’organisation Terre des hommes (TDH) basée en Suisse avait également tiré la sonnette d’alarme en soulignant que les mines d’or au Burkina Faso emploient des enfants pour une proportion de 30% de ses mineurs. Or, le Burkina Faso fait partie des principaux pourvoyeurs d’or de la Suisse.

Plutôt curieusement, les importateurs suisses, acteurs de la continuité de la chaîne d’approvisionnement du métal précieux, semblent miraculeusement échapper à toutes mises en cause dans les dérives impactant en profondeur ce secteur particulier, dans cette partie du monde. La légendaire précision suisse, probablement.

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L’or suisse brille grâce aux réseaux mafieux de l’ombre

Pour braquer un coup de projecteur sur le côté sombre de ce marché, il aura fallu attendre les fruits de l’enquête de l’ONG Swissaid à travers une étude de 2020 intitulée « Détour Doré- La face cachée du commerce de l’or entre les Émirats Arabes Unis et la Suisse ».

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SWISSAID

En l’occurrence, le rapport met en évidence la relation malsaine tout autant que discrète entretenue par Valcambi, premier raffineur d’or de Suisse, et Kalioti, puissante société de raffinage de Dubaï (Emirats Arabes Unis). Kalioti est tristement célèbre pour sa politique de conformité et de vérification, qu’on qualifiera de “légère” s’agissant des pratiques d’extraction dans les mines africaines qu’elle exploite. En toile de fonds, à la fois les conditions révoltantes dans lesquelles cette activité d’extraction se déroule, autant que l’exploitation d’une main-d’oeuvre enfantine.

Par ailleurs, Swissaid n’a pas manqué de souligner le tollé provoqué par tout ce que l’écosystème compte d’acteurs, de régulateurs et d’observateurs manifesté à l’occasion d’une réunion au sommet en décembre 2019, traitant de ce sujet crucial.

L'étude de l'ONG Swissaid sur les relations troubles de la Suisse et de l'Arabie Saoudite sur le marché de l'or

Le rapport rappelle au passage l’inaction choquante du système helvète, malgré la reconnaissance d’une faille au niveau de la surveillance des flux d’or parcourant le marché. Dans ce contexte, même la publication de nouvelles recommandations du rapport du Conseil Fédéral n’a pas suscité de réactions particulières.

Si la situation est inconfortable et que personne n’a trop intérêt à trop soulever le tapis pour y débusquer une poussière d’or à l’arrière-gout écœurant, c’est que la Suisse à une position centrale dans le marché de l’or. En effet, les coffres helvétiques constitue l’un des piliers majeurs de la stabilité et de la solidification du statut de l’or en tant que première réserve de valeur mondiale. Une position ultra-sensible, particulièrement dans les temps troublés actuels.

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Parallèlement, le prétendant Bitcoin, aujourd’hui reconnu comme une monnaie par la Cour fédérale de Washington, et bientôt disponible dans les banques américaines suit son chemin. La création de Satoshi Nakamoto est en effet en marche, lentement, mais sûrement vers son destin d’or 2.0. Et sans que personne ne meurt à l’occasion de son extraction.

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