Coronavirus, Krach du Bitcoin, du pétrole, de l’or…symptômes variés d’une cause unique

Le prix du baril de pétrole a été divisé par deux en l’espace de 10 jours (de 61 $ à moins de 30 $). En cause, l’épidémie de Coronavirus qui paralyse l’économie chinoise dont la consommation représente tout de même 1/10 du pétrole mondial en temps normal. Mais il ne s’agit que de la surface des choses… Un grand jeu géopolitique se trame en toile de fond. Une diplomatie de l’ombre qui finira par avoir un impact sur l’or et le Bitcoin


From Russia with love

Le cours du baril de WTI est de retour sur le plus bas de 2016 – au paroxysme de la guerre en Syrie – lorsque l’Arabie Saoudite tenta de briser l’alliance entre Damas et Moscou en écroulant les prix pour taper les Russes au portefeuille (environ 1/3 des revenus de l’état russe provient de la vente de pétrole et de gaz). L’affrontement se termina par la séquestration et le racket d’une partie de la famille royale saoudienne et de quelques hommes d’affaires saoudiens richissimes pour remplir les caisses du royaume. Les deux poids lourds du pétrole trouvèrent finalement un accord pour stabiliser le prix du baril autour de 65 $.

2020, rebelote, le prix du baril est de nouveau au tapis, sauf que ce n’est cette fois-ci pas le roi Ben Salmane qui a décidé d’écrouler les cours, mais la Russie. Cette dernière a refusé de réduire sa production et fait voler en éclats une entente tacite qui durait depuis presque 4 ans…

Face a cette fin de non recevoir de la part de la Russie, l’Arabie Saoudite a decidé de refaire le chantage de la terre brûlée : « Si tu ne reduis pas ta production, alors je NOUS tire une balle dans le pied. »

« Je ne comprends pas comment les Saoudiens ont pu supposer que ce type de pression puisse avoir une quelconque influence sur Poutine », a déclaré un délégué de l’OPEP au courant de l’affaire, rapporte le Wall Street Journal.

Une décision encore plus surprenante quand on sait que l’Arabie Saoudite a besoin d’un baril de pétrole à 80 $ pour équilibrer son budget, contre seulement 42 $ pour la Russie (source FMI)…

Certes, 55 % de ses recettes d’exportation proviennent des hydrocarbures, mais la fourmi russe dispose d’un fonds souverain et de réserves de change représentant ensemble l’équivalent de près de 600 milliards $ (je dis « équivalent » car la Russie s’est récemment débarrassée de tous ses dollars).

D’ailleurs, face a l’ire (feinte ?) de l’Arabie saoudite, le ministre de l’énergie russe a enfoncé le clou en déclarant que son pays peut encaisser un baril à 25 $ pendant 6 à 10 ans

Quelle stratégie géopolitique se cache derrière ce sabordage du prix du baril ? Il est facile de se perdre en suppositions dans ce théâtre d’ombre mais on ne s’avancera pas trop en affirmant que les États-Unis sont le véritable ennemi que Poutine cherche à atteindre en refusant de supporter le prix du baril. Si l’on observe ces événements à travers ce prisme géopolitique, c’est l’élection présidentielle américaine 2020 qui doit être dans le collimateur russe. Quel rapport entre le prix du baril et l’élection US ? C’est ce que nous allons voir avant de nous pencher sur le cas trouble du royaume saoudien.

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Not me. Us.

Au vu des derniers résultats des primaires démocrates, il se pourrait que Bernie Sanders l’emporte (il est au coude à coude avec Joe Biden). Or, Bernie Sanders a prévu de mettre un terme à l’extraction de pétrole/gaz de Schiste.

C’est bien simple, depuis 2006, la « révolution » du pétrole de schiste a permis aux États-Unis de réduire leurs importations nettes de pétrole de 13 millions de barils en l’espace de 15 ans. Cela signifie que des centaines de milliards de dollars qui abondaient auparavant dans les caisses de pays exportateurs comme le Venezuela, la Russie et l’Arabie saoudite restent désormais dans l’économie américaine.

Si Bernie devient le 46e président américain, la Russie récupérerait des parts de marché pour ses exportations de gaz et, par ricochet, davantage d’influence sur la marche du monde (en ce qui concerne le pétrole, la Russie franchira de toute façon son pic de production pétrolière en 2022, dixit Alexander Novak, le ministre de l’énergie russe). Le jeu en vaut donc la chandelle pour le Kremlin qui n’a pas non plus oublié que Bernie Sanders a passé sa lune de miel en URSS (1988)…

Importations journalières nettes de pétrole par les Etats-Unis

Poutine et Xi Jinping parient probablement sur le fait que la menace d’un éclatement de la bulle d’endettement de l’industrie de pétrole de Schiste et l’arrêt de l’approvisionnement des multinationales américaines suffiront à maintenir Wall Street dans le rouge et empêcher la réélection de Mr. Make America Great Again. Et pour ce faire, il faut accentuer la pression sur l’industrie de pétrole de Schiste américaine qui est déjà à l’agonie avec un baril à 60 $. Alors à 30 $…

Sans compter que les compagnies pétrolières pèsent très lourds dans les indices boursiers car ce sont elles qui versent une bonne partie des dividendes (Total a par exemple versé près de 1/5 des dividendes du CAC40 en 2018). Un prix du baril très bas ne peut que maintenir les bourses à la baisse. C’est en ce sens que la chute du prix du baril pourrait aider Bernie Sanders car entretenir la crise financière actuelle fera pencher la balance électorale en faveur de celui qui a promis d’aller faire les poches au 1 %. CQFD.

Le S&P500 a déjà marqué une baisse de 20 % depuis le point haut de fin février et le bain de sang continue malgré les 1 500 milliards injectés par la FED. La Chine, atelier du monde, alliée de la Russie, va-t-elle redémarrer la production, ou laisser pourrir la situation pour se débarrasser de Trump? Suspense..

Le pétrodollar, talon d’Achille américain

Environ 90 % de la chaine logistique de tous les produits industriels dépend de la disponibilité du pétrole. Sans pétrole, rien n’est construit, rien ne bouge ! Le pétrole est le talon d’Achille de la boulimie énergétique d’un empire américain qui, depuis son propre pic de pétrole conventionnel (1970), s’accapare une large part de la production de pétrole mondiale en émettant des dettes en pétrodollars. Les États-Unis ont une dette de plus de 23 450 milliards $… 1000 milliards supplémentaires rien que l’année dernière. C’est bien simple, les Américains s’endettent actuellement de 4$ pour générer 1$ de PIB. Kafkaïen…

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Si la FED arrête d’imprimer, le système du pétrodollar mis en place en 1974 par Henry Kissinger – en forçant l’Arabie saoudite à vendre son or noir exclusivement en dollars’effondre.

Pour la petite histoire, cette année là – en 1974 donc – le gouverneur de la banque centrale saoudienne Anwar Ali fut retrouvé mort à l’hôtel New-yorkais Waldorf Astoria, et le ministre des affaires étrangères Omar Saqqaf à Washington. Tous deux furent assassinés le même jour (le 14 novembre 1974). Quelle coïncidence pour ces deux émissaires qui avaient pour mission de résister aux demandes des Américains concernant la vente de leur pétrole exclusivement en dollar. Même le roi Fayçal sera assassiné 4 mois plus tard. Une sale histoire… Du coup, à la lueur de ce petit rappel historique, est-il illégitime de se demander si l’Arabie Saoudite ne serait pas en train de faire le jeu de la Russie pour rendre aux Américains la monnaie de leur pièce ? Ne serait-elle pas en réalité un agent double

D’autre part, maintenant que les États-Unis sont auto-suffisants en pétrole, l’Arabie Saoudite ne rêverait-elle pas en secret de supprimer l’exclusivité offerte au dollar afin de vendre son pétrole en yuan, la monnaie du désormais plus grand importateur de pétrole mondial, la Chine ?

Car s’il y a bien quelques chose qui commence à se voir, c’est que la dette américaine ne sera jamais remboursée et que le dollar marche sur des charbons ardents. Rappelons qu’en septembre de l’année dernière, les banques américaines ont soudainement cessé d’accepter la dette du Trésor américain (soi-disant l’investissement le plus sûr du monde…) en garantie de prêts au jour le jour appelés ‘‘repurchase agreement”. La fameuse crise du ”REPO” qui a forcé la banque centrale américaine (FED) à s’interposer entre des banques qui n’ont plus confiance, ni en leurs homologues, ni en la signature du Trésor US… Et alors que la dette US a toujours fait office de valeur refuge lors des crises, les investisseurs s’en méfient cette fois-ci comme de la peste avec une hausse des taux d’emprunt de l’oncle Sam ces derniers jours.

Pour le dire autrement, la mèche d’une crise financière est allumée. La Chine et la Russie utilisent la pandémie pour mettre le feu aux poudres avec comme objectif inavoué la de-dollarisation du monde pour enlever aux Américains le privilège exorbitant d’acheter du pétrole avec de la dette qui ne vaut plus rien. Enfin, « inavoué ».., cela fait longtemps que l’axe sino-russe ne cache plus son hostilité vis-à-vis du billet vert ! Voilà la véritable intrigue géopolitique globale que le coronavirus a ravivé.

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« Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème »

… déclara en 1971 John Bowden Connally, secrétaire au Trésor américain, face à une délégation européenne demandant des comptes quant à la décision unilatérale des États-Unis de ne plus échanger les dollars contre de l’or. Trois ans plus tard, les États-Unis forçaient l’Arabie saoudite à vendre son pétrole exclusivement en dollar pour maintenir son hégémonie monétaire mondiale… Aujourd’hui encore, les réserves de l’ensemble des banques centrales sont composées à plus de 60 % de dollar car le pétrole est de loin le plus gros morceau du commerce international et qu’il faut le payer en dollar.

Le pétrodollar n’a pas éclaté en vol lors de la crise des subprimes – qui a demontré l’insolvabilité de l’économie US – car la FED a racheté les dettes en imprimant plusieurs milliers de milliards. La FED est désormais virtuellement propriétaire de la moitié du marché immobilier américain… Mais tout cet argent injecté dans l’économie provoque évidemment de l’inflation. Autrement dit, des bulles (boursières, immobilières ou des prêts étudiants) qui font que de plus en plus d’américains vivent dans leurs voitures ou bien entassés entre 4 murs. Tel est le prix à payer pour empêcher la pyramide de dette/pétrodollar de s’effondrer…

Les États-Unis se sont sortis de ce bourbier en commençant à produire beaucoup de pétrole de Schiste, c’est-à-dire un pétrole très cher à extraire qui n’aurait jamais vu le jour si la FED n’avait pas inondé les banques d’argent gratuit. Rendez-vous compte que depuis 2005, environ 70 % de l’augmentation de la production mondiale de pétrole est provenue du pétrole de Schiste américain (dont le pic de production sera néanmoins atteint d’ici 10 ans à peine)…

Au final, une question se pose de manière simple : combien de temps encore les États-Unis pourront-ils produire du pétrole à perte ? Environ 200 compagnies pétrolières ont déjà fait faillite…Ce qui est certain, c’est que de l’or au pétrole en passant par le Bitcoin, aucun actif quel qu’il soit n’échappera à la tourmente dont l’actuelle crise sanitaire du coronavirus pourrait n’être qu’un simple avant-goût.

Gold Standard et Bitcoin Standard

Sans énergie (pétrole notamment), pas de croissance économique, défaut massif et reset monétaire.

Lorsque la production mondiale de pétrole aura atteint ses limites physiques et commencera à décroître (d’ici 5 ans d’après l’agence internationale de l’énergie et l’ASPO), les bulles d’endettement éclateront tout comme les monnaies sur lesquelles elles sont adossées.

« Une monnaie papier, basée sur la seule confiance dans le gouvernement qui l’imprime, finit toujours par retourner à sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro ».

Voltaire (1695 – 1778)

C’est alors que l’or, une monnaie refuge dont la quantité limitée lui confère une valeur intrinsèque, reprendra ses lettres de noblesse. À ce propos, notez que la Russie et la Chine achètent de l’or sans compter depuis 2008 (crise des subprimes) et ce n’est pas un hasard si le prix de la relique barbare est actuellement au plus haut historique.

Pékin et Moscou se préparent à la restauration du Gold Standard qui remettra la relique barbare au centre du commerce international, comme ce fut le cas lors des deux dernières guerres mondiales. Néanmoins, le métal jaune a de la concurrence. Le Bitcoin est aussi une monnaie faisant office de réserve valeur puisqu’il n’y en aura jamais plus de 21 millions d’unités. Et alors qu’il est impossible de payer en poussière d’or, il est tout à fait possible de payer quelque chose dont le prix est aussi faible de 0.00000001 Bitcoin (unité que l’on appelle ”satoshi” en l’honneur de son créateur). L’autre avantage du Bitcoin est que l’on peut transférer des fonds de manière instantanée à l’autre bout du monde. Impossible avec des lingots.

La crise qui vient de s’amorcer est probablement partie pour durer car ce n’est pas la main invisible du marché qui se cache derrière la panique boursière. C’est un bras de fer géopolitique titanesque sur fond de pic pétrolier qui se trame en coulisse. À l’instar de l’or, le Bitcoin profitera aussi de l’inéluctable reset monétaire. Cela ne se voit pas encore sur les graphes mais patience. L’heure de l’or numérique viendra, surtout lorsque nous n’aurons plus aucun moyen de payer anonymement

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Qu’on se le dise, le combat pour l’hégémonie monétaire est toujours un combat a mort… et c’est pour cela que 99 % des Alt-coins tomberont à zéro, soit dit en passant…

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