Mettant fin à un suspense que personne ne prenait vraiment au sérieux, la Banque de France a annoncé il y a quelques heures lancer des expérimentations au premier trimestre 2020, dans la perspective de développement d’une « Monnaie Digitale de Banque Centrale ».


Cette démarche visant à la mise en place d’un inédit « Crypto-Euro », se veut une réponse ferme à la « menace Libra », la France, au même titre que la plupart des nations, ayant parfaitement saisi que ce type d’initiative menace très directement la souveraineté monétaire.

Peu de détail cependant sur la forme de cette devise digitale : ce sera probablement un stablecoin, encore plus probablement basé-blockchain. Tout le problème de cette future devise plus rapide, plus sécurisée et éminemment moderne, c’est qu’il ne s’agira pas… de Bitcoin !

Le futur Gouverneur de la Crypto-Banque de France ?

«Il ne doit pas y avoir d’ambiguïté : le bitcoin n’est en rien une monnaie?, ou même une crypto-monnaie ». Ces propos, tenus fin 2017 à l’occasion d’un forum financier franco-chinois à Pékin, ce sont ceux du gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau.

« Je vais faire disparaître sous vos yeux ce billet de 50 euros tout à fait ringard, ça s’appelle “la disruption” les enfants »

Notre grand argentier national se doutait-il alors que, deux ans plus tard, quasiment jour pour jour après cette prise de position ferme et sans appel, il se retrouverait à annoncer le 3 décembre 2019 la mise en place par sa vénérable institution d’un futur « Crypto-Euro » ?

Alors bien-sûr, hors de question d’évoquer formellement Bitcoin (dont l’intéressé a toujours dénoncé la dimension spéculative, ce qui pour un banquier pourrait prêter à sourire). Et même si l’initiative intervient très directement en réponse à Facebook avec sa crypto Libra, pas un mot non plus pour la petite start-up de Zuckerberg .

Le Lab de la BdF à la manœuvre

Il y peu de doute – sauf si la Banque de France nous fait le coup du dévoilement d’une technologie disruptive qu’elle aurait développée dans ses caves le week-end -: la future devise électroniques européenne sera forcément forgée sur une blockchain. On rappellera d’ailleurs que l’institution a déjà commis quelques incartades sur le sujet, avec notamment le développement du projet MADRE, soit la tokenisation des identifiants SEPA, en collaboration avec Blockchain Partner.

Notez qu’à l’époque, le Lab de la BdF n’avait reçu qu’un accueil poli mais timoré, alors même que de toute évidence MADRE n’incarnait que les premier pas sur un chemin qui – n’en doutons pas – bouleversera à terme le paysage financier européen.

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Le Lab, justement, est la structure interne qui sera en charge de la coordination des tests sur cette nouveauté exotique que représente une devise numérique (ou synthétique, c’est tendance) de Banque Centrale.

C’est Nathalie Aufauvre, la directrice générale de la stabilité financière et des opérations, qui sera chargée de ce dossier sensible, qui sera scruté avec attention à l’international, notamment pas les nations déjà bien engagées également sur le sujet, comme la Chine ou la Tunisie.

Nathalie Aufauvre hold t-elle des bitcoins ?
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Blockchain, not Bitcoin

Si l’initiative est louable, voire audacieuse jugeront peut-être des observateurs peu au fait de la crypto-industrie et des fintech, il demeure important de rappeler qu’elle intervient sous la forme d’une réaction à une menace existentielle : les velléités de certains membres des GAFAM qui peinent à dissimuler leur envie de conquérir un continent monétaire, jusqu’alors réservé aux nations.

Et par ailleurs, si le Gouverneur de la Banque de France continue à dénoncer le Bitcoin en tant qu’affreux objet spéculatif, « ne reposant sur aucun sous-jacent », François Villeroy de Galhau qui est un homme brillant n’en doutons pas un instant, dissimule volontairement le corpus de valeurs et de libertés nouvelles qu’offre le concept originel de Bitcoin et de sa blockchain.

Autrement dit, le déploiement d’un « crypto-euros » ne vise en aucun cas à redonner plus de pouvoirs aux citoyens mais à simplement assurer la survie d’organisations centralisées, elle mêmes effrayées par de nouveaux acteurs privés, tout aussi centralisés. Le crypto-euros sera ainsi soumis à une contrôle étatique absolu et une centralisation de fait, violant allègrement certaines valeurs fondatrices de la blockchain.

Si cet hybride sera initialement réservé aux transactions « de gros » (comprendre entre institutions financières), une déclinaison en banque de détail est d’ores et déjà entrevue avec en toile de fonds la réalisation d’un vieux fantasme d’Etat colbertiste : la disparition à terme du cash, l’ensemble de la monnaie se trouvant tokenisée de fait.

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Cette perspective de disparition à terme de « l’argent liquide » ouvre d’autres débats, qui ne s’accordent que difficilement avec une progression des marges de liberté des individus.