Le tango sino-russe ressuscite le Gold/Bitcoin Standard

L’axe sino-russe accumule de l’or sans compter. L’Empire du milieu et l’Ours Russe sont à deux doigts de ressusciter le Gold Standard sur les cendres du dollar. Quel sera le prix de l’once d’or une fois que la relique barbare sera revenue au centre du système monétaire international ? Et le Bitcoin ?


Bretton Woods

Commençons par nous remémorer la naissance du Gold Standard et comment les Américains l’ont fait voler en éclats.

En 1944, alors que les bombes pleuvent toujours sur l’Europe, les représentants de 44 pays alliés se réunirent à Bretton Woods, aux États-Unis, pour se mettre d’accord sur le système monétaire international.

Bretton Woods

Forts de leur entrée en guerre « décisive » (l’armée rouge avait fait tout le boulot), leur bombe atomique ainsi que leur stock d’or colossal, les États-Unis eurent le dernier mot. [Plus de 60 % des réserves d’or mondiales se trouvaient alors à Fort Knox. L’effort de guerre américain ne fut pas gratuit…]

Les négociations concernant la nouvelle mouture du système monétaire international se cristallisèrent autour de l’Anglais John Maynard Keynes et l’Américain Harry Dexter White.

Pour Keynes, la raison d’être d’un système monétaire international était de favoriser un mécanisme de rééquilibrage des déficits commerciaux. L’Anglais proposa deux choses pour éviter l’accumulation de déficits et d’excédents commerciaux entre les nations (et ainsi éviter la guerre…) :

  • La création du BANCOR, une monnaie internationale apatride contrôlée par une institution internationale.
  • L’obligation de payer un taux d’intérêt de 10 % aussi bien sur les surplus que sur les déficits des balances commerciales (afin de décourager les stratégies mercantilistes). Il était même prévu de confisquer entièrement les surplus commerciaux à partir d’un certain seuil…

Dexter White refusa. Ce dernier était dans une logique de conquête impérialiste. Il ne voulait pas imposer de limite à l’économie américaine qui profitait de la ruine du vieux continent.

Les idées de Keynes finirent aux oubliettes et l’on plaça le dollar au centre du système monétaire international en tant que seule monnaie librement convertible en or. Cet attribut lui conféra immédiatement le statut de monnaie la plus précieuse du monde.

Dexter White savait pertinemment qu’imprimer la « monnaie universelle » allait lui conférer une marge de manœuvre considérable. En effet, les États-Unis pouvaient facilement imprimer dans le dos des nations sans que cela n’impacte sont taux de change. Étant la seule monnaie convertible en or, le monde entier en voulait. Cette demande “artificielle” empêchait que sa valeur ne s’écroule.

Mais faire du dollar l’unique monnaie convertible en or était une arme à double tranchant. En garantissant la convertibilité du dollar en or, les États-Unis s’exposaient à la perte de tout leur or s’il leur prenait l’envie de financer leurs importations via la planche à billets.

En parallèle du Gold Standard, il fut décidé que les taux de change seraient fixes. Et pour s’assurer que chaque pays joue le jeu, on créa le Fonds Monétaire International. Le FMI, au sein duquel les États-Unis s’octroyèrent un droit de Veto, devenait l’arbitre mondial…

Toxicité du FMI en Afrique à travers des prêts prédateurs
Source : Subito
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FMI

Le FMI devait entrer en piste lorsqu’un pays ne parvenait pas à équilibrer sa balance commerciale (pour maintenir des parités fixes avec les autres pays).

Sa mission était de prêter des devises aux pays affichant un déficit commercial persistant afin qu’ils puissent stabiliser leurs taux de change. En échange de quoi ces pays devaient ingurgiter une soupe amère de redressement économique. Une bouillie « libérale » consistant à détruire les politiques sociales, privatiser et ouvrir les frontières aux multinationales étrangères.

Bref, la souveraineté nationale est détruite, la démocratie disparaît et la Grèce en est le parfait exemple récent…

Ainsi donc, pour résumer le système, chacun devait tenir ses comptes en ordre et l’on faisait confiance aux États-Unis pour arrimer la valeur du dollar à celle de l’or. Pour l’anecdote, il avait été décidé en 1944 qu’une once d’or vaudrait 35 dollars…

Le système s’écroula en 1971 lorsque les États-Unis trahirent le monde entier en abandonnant la convertibilité du dollar en or de façon unilatérale. Le président Nixon fit sauter le Gold Standard 27 ans à peine après la signature des accords de Bretton Woods…

Pourquoi une telle décision ? Tout simplement parce que le déficit commercial des États-Unis était devenu si profond que certains pays, France en tête, demandèrent la conversion de leurs dollars en or. Le général de Gaulle ordonna dès 1958 à la Banque de France d’accélérer le rythme auquel elle transformait ses réserves de dollars en or physique.

« L’or ne change pas de nature, […] il est tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence. D’ailleurs, en dépit de tout ce qui a pu s’imaginer, se dire, […] c’est un fait qu’encore aujourd’hui aucune monnaie ne compte, sinon par relation directe ou indirecte, réelle ou supposée, avec l’or. »

Charles de Gaulle

Tant que les États-Unis étaient la plus grande puissance industrielle du monde, qu’ils détenaient la majeure partie des réserves d’or et, surtout, que le vieux continent était en ruine, tout allait bien. Le dollar, reposant sur l’économie la plus dynamique et la plus solide du monde, restait prisé. Les banquiers américains ne résistérent donc pas à la tentation d’imprimer du papier sans vergogne. Conséquence : l’Amérique affiche un déficit commercial chronique dès 1960.

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Deux décennies à peine après la Seconde Guerre mondiale, dans le sillage de la longue et coûteuse guerre du Vietnam (1965-1975), il y a déjà beaucoup plus de dollars à l’étranger que d’or à Fort Knox. Il devient clair que les États-Unis n’ont pas tenu leur parole et qu’ils ne peuvent plus garantir l’arrimage de 35 dollars par once d’or.

Les réserves d’or américaines fondent comme neige au soleil. Elles passent de 20 000 tonnes en 1958 à 8 000 tonnes en 1971, lorsque Nixon mit un terme à la convertibilité dollar/or.

Le président américain préféra se mettre le monde entier à dos plutôt que de réduire le train de vie de sa nation en résorbant leur balance commerciale déficitaire.

« Le dollar est notre monnaie mais c’est votre problème. »

John Connally (secrétaire du Trésor américain, déclaration faite à une délégation européenne énervée en 1972)

Résorber le déficit commercial était de toute façon une chimère car les américains atteignirent leur pic pétrolier (pétrole conventionnel) dès 1970. Mais l’Oncle Sam, par l’entremise d’Henry Kissinger, sauva le dollar d’un coup de poker géopolitique inouï : le pétrodollar. Ce dernier obligea l’Arabie Saoudite et l’Iran à vendre leur pétrole exclusivement en dollar. Les Européens se retrouvèrent forcés d’utiliser le dollar pour obtenir le sang noir indispensable à toute économie industrielle. L’empire US était né

La résurrection du Gold Standard

Il est très intéressant de calculer la valeur qu’il faudrait donner à l’once d’or si l’on rétablissait la convertibilité.

Avant de faire le calcul, rappelons comment fonctionne la relation banque centrale / banque privée. Voyez-vous, quelle que soit la monnaie (dollar, euro, bath, dinar…), elle existe toujours sous deux formes distinctes.

Il y a la monnaie centrale (de banque centrale) et la (fausse) monnaie des banques privées.

La monnaie centrale existe uniquement sur les comptes que les banques privée ont à la Banque centrale. Cette « monnaie » centrale n’a pas vraiment d’existence physique. Elle constitue un simple jeu d’écritures entre comptes centraux. Lorsque deux banques privées se font un virement entre elles, ce sont uniquement ces comptes qui sont utilisés.

Dit autrement, les euros BNP ne valent rien pour le Crédit Agricole et vice versa. C’est comme s’il existait une monnaie universelle (monnaie centrale) pouvant être utilisée par toutes les banques et une fausse monnaie ne valant strictement rien en dehors de l’enseigne qui l’a émise sous forme de prêt (l’argent sur vos comptes en banque…).

Bref, la monnaie centrale, c’est à peu de choses près ce que l’on appelle le BILAN des banques centrales. Alors où en sommes-nous ?

D’après les dernières annonces de la Banque Centrale Européenne (BCE), son Bilan atteindra 7500 milliards d’ici fin 2022. Or les réserves d’or des pays de la Zone Euro sont environ de 10 000 tonnes d’or.

Bilans des banques centrales fed ecb boj pboc
Bilans des principales banques cnetrales
Source : PrestonPysh

Donc, en sachant que le Kg d’or vaut environ 48 000 euros au moment d’écrire ces lignes, une petite règle de trois montre qu’il faudrait un Kg d’or à 750 000 euros pour permettre une convertibilité totale de la monnaie centrale en or. Soit environ 23 400 euros l’once (contre 1500 euros actuellement).

Si nous prenons comme référence les billets de banques en circulation (1334 milliards), nous nous retrouvons avec un Kg d’or à 133 400 euros, soit 4170 euros l’once.

Dans le cas des États-Unis, la somme des billets et des pièces en circulation représente 1890 milliards $, ce qui nous donne une once d’or à 7000 $. Et plus de 38 000 $ si nous prenons comme référence le Bilan de la FED qui va bientôt atteindre 10 000 milliards $.

Et le Bitcoin dans tout ça ?

Le Bitcoin EST de l’or, n’en déplaise à ceux qui ne jurent que par le métal jaune. Les postiers aussi ne voulaient pas entendre parler de l’e-mail. L’humain est ainsi fait…

Finissons en imaginant l’espace d’un instant que le Bitcoin vienne à remplacer tout l’argent du monde. C’est-à-dire la monnaie centrale ET toute la fausse monnaie créée par les banques commerciales. Le meilleur moyen de mettre un chiffre sur cette masse d’argent est de regarder la taille de la dette. Cette dernière était en 2020 de 280 000 milliards $.

Si le Bitcoin remplaçait tout l’argent du monde, son prix serait d’environ 11 millions $. Soit à peu près 1100 fois plus que sa valeur actuelle.

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La probabilité est toutefois très faible. Il est plus probable que la cryptomonnaie remplace les réserves de change des banques centrales (12 000 milliards). Dans ce scénario, un seul Bitcoin vaudrait 500 000 dollars.

Matrix bitcoin meme
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