Quand un ancien Banquier veut Forker le Bitcoin (BTC)

Un article – Comment introduire le bitcoin dans l’économie pour casser le monopole bancaire ? – soulève des sourcils ces derniers jours. L’auteur, Anice Lajnef, qui a l’habitude de mettre à nu les affres du système bancaire sur Twitter, propose aux « adeptes » du Bitcoin de changer le protocole de la cryptomonnaie. L’objectif : ponctionner chaque adresse via un taux négatif. La manne servirait à alimenter le budget de l’État qui reconnaitrait alors le Bitcoin comme une monnaie à part entière.


Thecointribune a trié l’ivraie du bon grain.

Dette et Usure

Le papier commence par expliquer que la création monétaire à partir de dette et d’intérêts nécessite inéluctablement de générer des dettes de plus en plus grandes. En cause, l’effet naturellement exponentiel des intérêts.

L’explication manquant un peu de profondeur, précisons ici que cet engrenage infernal provient du fait que les États font « rouler » leur dette. Ils empruntent pour rembourser les emprunts précédents. C’est terrible car les États accumulent donc des intérêts sur des intérêts. Et ça, c’est un processus mathématique absolument exponentiel qui s’apparente à ce que l’on appelle les intérêts composés.

Pour le dire autrement, la dette se nourrit elle-même et l’effet exponentiel ne s’estompe que si le taux est abaissé à 0 %. C’est ce qu’ont fait la FED, la BCE, la banque d’Angleterre, la banque du Japon et la plupart des banques centrales des pays développés (les plus endettés, ceci expliquant cela…). Voilà pour l’éclaircissement.

taux directeurs FED BCE BOJ
Le taux de la FED (FED Fund) est de nouveau à 0 %

L’auteur fustige également la “dictature du crédit immobilier“. Il dénonce l’orchestration de la hausse des prix immobiliers par les banques qui prêtent, à dessein, toujours plus et pour des durées toujours plus longues. La conséquence de cette inflation étant que les nouvelles générations sont obligées de « sacrifier leur vie au capital » si elles veulent accéder à la propriété.

Belle démonstration qui prouve que nous n’avons pas vraiment le choix de nous endetter. Pourtant, l’auteur blâme en parallèle « l’impatience » d’individus incapables de « contrôler leurs désirs »… Sommes-nous prisonniers de banques gonflant criminellement des bulles immobilières ou sommes-nous coupables d’impatience chronique ?

Bitcoin et thésaurisation

S’ensuit une mise en situation imaginant le Bitcoin comme unique monnaie d’échange du pays. L’auteur avance que le Bitcoin – étant amené à prendre de la valeur en raison de son caractère déflationniste – favoriserait la thésaurisation (ne pas dépenser son argent). Nous serions donc finalement des « avares ». Il faut savoir…

Pour l’auteur, alors que l’usure nous entraîne dans le cercle vicieux de l’inflation, le Bitcoin nous entraînerait dans le cercle vicieux de la thésaurisation et, in fine, de la récession. Ainsi, au lieu de manger, de nous déplacer, de nous habiller, de payer un loyer, nous préférerions vivre avec un peu d’eau fraîche et de verdure pour admirer l’appréciation de nos Bitcoins. Admettons…

Anice Lajnef justifie sa théorie en avançant que nous autres avares avons besoin d’un coussin de sécurité pour nous rassurer face à la mort. A contrario, les banquiers sont des gens cupides pour qui l’usure est une façon de voler du temps aux autres en vue de défier la mort. « Le cupide est prêt à tout pour atteindre la vie éternelle »…

Nous avons ici un point de vue cher aux libéraux qui voudraient mettre en equations une nature humaine universelle. Anice veut tordre le réel pour le soumettre à ses idées. Pour lui, ce sont les idées qui déterminent le réel et non l’inverse.

C’est ce que Kant a appelé le postulat « à priori ». C’est-à-dire des règles qui ne sont pas fondées sur des cas particuliers, des cas “réels”, mais sur une idée qui serait universelle (globale, abstraite, et, en vérité, totalitaire…).

Partir du principe que tous les humains ont le même tempérament est un « à priori » bancal. Ce postulat (l’humain est foncièrement impatient et avare) ressemble à de la religion ou de l’idéologie qui n’a pas grand chose à voir avec le Bitcoin et la science.

La vraie thésaurisation qu’il faut craindre

Tout cela étant dit, il est vrai que nous pourrions être confrontés au problème de la thésaurisation si le Bitcoin devenait subitement la seule monnaie en circulation. Mais pas la thésaurisation de monsieur et madame tout le monde. C’est la thésaurisation du 1 % ultrariche qu’il faut craindre en cas de masse monétaire fixe !

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Orchestrer la rareté de l’argent en circulation et écrouler l’économie pour ensuite tout racheter à vil prix est une combine vieille comme le monde. Elle fut notamment à l’origine de la grande dépression de 1929.

À l’époque, les États-Unis avaient d’ailleurs déjà un système bancaire moderne… Pour le dire autrement, l’assèchement de la quantité d’argent en circulation dans l’économie (thésaurisation) n’est pas l’apanage d’une monnaie disponible en quantité limitée. Cela peut aussi arriver lorsque les banques organisent une faillite frauduleuse (Lehman Brothers) et s’en servent comme excuse pour cesser de prêter à l’économie. N’oubliez jamais que les banques américaines ont saisi 10 millions de maisons dans le sillage de la crise de 2008 (avant d’être renflouées gracieusement)…

« (La grande dépression de 1929) ne fut pas un accident. Ce fut planifié. »

Louis McFadden, président de la commission bancaire et monétaire du parlement américain de 1920 à 1931, accusant sans le dire le banquier JP Morgan d’avoir orchestré un “credit Crunch”.

[Notre article sur le vrai dilemme du Bitcoin et de la thésaurisation ICI]

Bref, affirmer que tout le monde arrêtera de dépenser son argent si ce dernier a tendance à s’apprécier n’est pas sérieux. Mais admettons…

L’auteur propose pour éviter cet écueil de « taxer chaque jour 0,01 % » les adresses de Bitcoin (2.6 % si on lisse sur un an). Ce concept est plus connu sous le nom de « monnaie fondante ». Traduction : un taux négatif sur votre épargne…

À deux doigts d’inventer l’impôt… Demandez à l’auteur s’il ne serait pas plus intelligent d’éviter la thésaurisation en interdisant tout simplement que les fortunes personnelles dépassent un certain montant et il vous répondra que les footballeurs méritent tout à fait leur salaire. Mais passons…

En somme, ceux qui ne dépensent pas leurs Bitcoins assez vite sont punis en se faisant lentement siphonner leur argent par l’État.

[Soit dit en passant, dans le cas d’une monnaie fiat, la monnaie fondante requiert évidemment la fin de l’argent liquide afin que personne ne puisse échapper au taux négatif. #totalitarisme…]

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Résumons donc cette grande vision pour le Bitcoin

  • Modifier le protocole pour appliquer un taux négatif à chaque adresse (afin d’empêcher l’humain avare de thésauriser et de provoquer inéluctablement la « famine »).
  • Offrir cette manne de Bitcoins à l’État qui, en échange, considérera la cryptomonnaie comme une monnaie à part entière.

Et ce n’est pas tout. Il suggère la création par l’État d’un crypto-franc que les Français pourront obtenir en troquant leurs Bitcoins en échange d’une amnistie fiscale pour tous les profits réalisés sur la hausse du Bitcoin…

Cette idée n’est pas neuve. Les banques centrales réfléchissent au CBDC (Central Bank Digital Coin) depuis deux ans. Un projet mort-né si l’on en croit les dernières études de la BCE et de la FED de Philadelphie. Une chimère dont banquiers centraux se servent pour entretenir un vil amalgame avec le Bitcoin dans l’unique but de faire disparaître l’argent liquide… Rendez-vous sur notre article dédié.

D’autre part, qui acceptera de troquer ses bitcoins contre un shitcoin que l’État pourra décider de dupliquer à l’envie ? …

La raison d’être du Bitcoin est justement de supprimer la cupidité humaine de l’équation… N’oublions jamais non plus qu’à peine créée, la pièce d’or fut aussitôt avilie par Crésus qui frappa des pièces d’électrum contenant plus d’argent que d’or… L’histoire est un éternel recommencement…

Alors pourquoi Anice nous demande-t-il de donner nos bitcoins aux banquiers qu’ils fustigeaient pourtant en début d’article ? Il y a là une incohérence troublante…

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Terminons en soulignant que forcer les gens à consommer sous peine de taux négatif est un paradigme absolument incompatible avec l’impératif climatique et le fait que nous vivons sur une planète finie…

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