les vrais enjeux du “Youtube Gate” : GAFAM, industrie crypto et décentralisation

Après la suppression de vidéos crypto par Youtube, l'occasion est bonne de se questionner sur les enjeux derrière la centralisation des GAFAM

Le tout récent coup de chaud ressenti par les producteurs de contenus en lien avec les cryptoactifs sur YouTube, ne représente que la dernière manifestation en date d’une série d’intimidations émanant tout droit des puissants GAFAM.

Si les choses sont rentrées dans l’ordre sur Youtube, la plateforme plaidant l’erreur, l’épisode est révélateur d’enjeux qui dépassent le simple inconfort d’une interruption provisoire du service.

De Facebook à Google, en passant par Apple, ces deux dernières années ont ainsi été marquées par plusieurs symptômes dont les acteurs du secteur feraient bien de prendre la mesure réelle.

Faute d’y voir l’opportunité de migrer vers des solutions réellement décentralisées et formellement incensurables, c’est toute une partie de l’industrie crypto à laquelle les GAFAM ne laisseront jamais l’opportunité de prendre la moindre envergure.

Les influenceurs crypto sur Youtube, victimes collatérales d’un malentendu algorithmique

C’était un peu le drama de cette fin d’année : à la veille de Noël les chaînes YouTube spécialisées dans la crypto étaient réduites au silence, les unes après les autres. Débutée au Etats-Unis, ce qui ressemblait à une implacable opération d’effacement commençait à se répandre à travers le monde.

Stupeur et tremblements pour les propriétaires et éditeurs desdites chaînes, impuissants face à l’effacement pur et simple de leur production. Dans certains cas, des années de travail étaient réduites à néant, sans raison apparente.

La France n’était pas épargnée, l’influent YouTuber belge WhaleTamer récupérant pour ainsi dire une page blanche à l’ouverture de son compte. 

Complot ? Message adressé à l’ensemble de l’industrie ? Début de la fin du monde Inca ? Les rumeurs les plus folles commençaient à circuler, avant que finalement YouTube ne rassure tout le monde : tout cela n’était « qu’une erreur », un petit raté algorithmique ! Et de rétablir la situation en ressuscitant le contenu envolé d’un claquement de code, quelque part en Californie. Après 48h des plus angoissantes, tout rentrait dans l’ordre et chacun pouvait retourner à ses compteurs de vues.

Stratégie, complot ou incompétence ?

Si l’explication de l’erreur algorithmique s’entend, elle laisse songeur quant au pouvoir laissé entre les mains de quelques géants du numérique d’essence privée, tout puissants et échappant globalement au moindre contre-pouvoir efficace. Le fonctionnement, voire la survie même, de secteurs économiques tout entier est ainsi laissé à la discrétion d’un acteur unique, poursuivant des objectifs propres.

Or, si les producteurs de contenu en rapport avec les lolcats ou les recettes de cuisines d’Halloween peuvent continuer à diffuser sans se poser trop de questions, quid du secteur de la blockchain et des cryptoactifs, composé en partie d’acteurs récents qui pour certains, appellent précisément à la fin du règne centralisé des GAFAM ?

Ce type de questionnement est forcément assorti d’une dérive facile : aisément tomber dans l’ornière débilitante de la théorie du complot : « Youtube a peur de la crypto ! La preuve, ils ferment toutes les chaînes ».

Il convient pourtant de relativiser : évoluer à temps-plein dans un secteur – en l’occurrence l’industrie blockchain et la crypto-économie naissante – provoque un biais cognitif, un “effet tunnel” qui fait oublier à quel point notre communauté est petite et son impact encore bien limité, rapporté à l’environnement de géants comme Youtube, ou ses cousins numériques.

Pour autant, cette précaution d’analyse étant prise, il n’est pas inutile de replacer les événements de ces derniers jours dans un schéma plus global. En effet, si les GAFAM ne tremblent peut-être pas encore d’effroi face à la “concurrence” naissance de l’ère de la décentralisation, Google et consort ne feront rien non plus pour favoriser son essor, en dehors d’une étroite supervision.

Vous retrouverez un peu plus bas l’avis sur le sujet d’Owen Simonin aka “Hasheur“, principal influenceur crypto francophone sur YouTube.

Les GAFAM, en guerre contre l’industrie crypto ?

Peut-être pas en 2020, peut-être pas avant des années, mais viendra un moment où les leaders américains de l’industrie numérique seront contraints d’absorber ou combattre les nouveaux modèles émergents de nature à les ringardiser, tout comme ils ont eux-mêmes ringardisés “l’ancien monde” au début des années 2000. C’est dans l’ordre des choses et ça relève d’un darwinisme économique qui existe depuis toujours : s’adapter ou disparaître.

Mignon, colorés, mortels

Or, peu de candidats sont aussi pertinents pour porter cette disruption que les technologies des Registres Distribués, accompagnées de leur panel d’innovations (désintermédiation, approche “trustless“, Internet de la valeur, décentralisation…). Soyez-en certain : ce danger n’a pas échappé aux GAFAM qui fondent une partie de leur suprématie sur leur capacité à anticiper, et neutraliser toute menace qui serait existentielle pour leur modèle économique.

A ce titre, petit rappel des démonstration de force ayant matérialisé les frictions avec la jeune industrie crypto.

L’interdiction par Facebook des publicités en lien avec la crypto

Rappelez-vous, c’était tout début 2018, Facebook décidait de blacklister toute publicité (et notamment les fameux “contenus sponsorisés” de nos fils d’actualités) faisant la promotion de produits crypto, et plus particulièrement des ICO. Argument invoqué : la protection des consommateurs face à des produits financiers risqués, ce qui fera sourire quiconque utilise quotidiennement le réseau social, littéralement truffé d’annonces sponsorisées plus scammeuses les unes que les autres.

Récemment, le géant au pouce bleu a indiqué avoir assoupli sa politique en la matière, autorisant les contenus à caractère reconnus comme pédagogiques ou informationnels (pour avoir eu le plaisir de pratiquer l’exercice, je met cependant quiconque au défi de parvenir à “placer” une publication sponsorisée en lien, de prés ou de loin avec la blockchain, ou le moindre malheureux token).

Il était par ailleurs savoureux de constater qu’en juillet dernier, de fausses annonces pour des sites frauduleux de vente de cryptomonnaie Libra, passaient tranquillement le filtre et apparaissaient dans les contenus sponsorisés du réseau. Merci Facebook de protéger ta communauté.

Un site scam vendant des pseudo Libra, validé par Facebook Himself. Du caviar

Et puisqu’on parle de Libra, on comprend facilement dans quelle mesure Facebook sera peu enclin à favoriser un secteur cryptomonétaire que son propre projet géant et hégémonique compte bien dominer dans les prochaines années.

Abonnez-vous gratuitement
Rejoignez notre communauté de passionnés du Bitcoin et des crypto-monnaies

L’algorithme Google, la vie et la mort des contenus

Si vous lisez ceci, c’est très probablement parce que Google l’a soumis à votre sagacité à un moment ou à un autre. C’est là tout le paradoxe : Google maîtrise tellement sans partage le réseau de distribution de l’information que les producteurs de contenus se retrouvent à standardiser leur production, non plus pour plaire à un lectorat, mais pour s’assurer les bonnes grâces d’un algorithme de référencement obscur. Or, ces deux objectifs sont parfois antinomiques…

Pour autant, cet algorithme ne sort pas du néant et n’agit pas aléatoirement, il se conforme aux instructions encodées à Mountain View, siege de Google, par des stratégistes tout ce qu’il y a de plus humain. Et en tant que salariés de Google, œuvrant pour la pérennité de leur entreprise et pas pour le bien commun, ces hommes de l’ombre disposent – très littéralement – d’un droit de vie et de mort sur des millions de producteurs de contenu.

Un site comme TheCoinTribune par exemple structure son modèle d’affaires sur sa capacité à attirer des annonceurs, eux-même séduits par un trafic important. Si ce trafic est conditionné par la qualité des contenus, il l’est surtout par celle de son référencement, or ces deux notions ne se recoupent pas nécessairement. Si le sujet de fonds dépasse très largement le secteur crypto, l’écosystème des média crypto en a goûté toute la perversité mi-2019.

Ainsi, le 10 juin 2019, le célèbre média crypto américain CCN jette un pavé dans la mare en annonçant (faussement) sa propre fermeture, en raison d’une baisse de trafic de 71% suite à une “mise à jour” de Google Core. Autres médias importants de la scène, CoinTelegraph et Coindesk font alors également état de baisses de traffic de 25 à 35%.

Quand aux principaux médias crypto français, il étaient également diversement impactés dans les mêmes proportions.

“L’épitaphe” de CCN désignant Google comme auteur du crime

De nouveau, la situation finira par se normaliser. Le message est cependant clair : l’avenir de l’information sur le crypto-écosystême ne se discute pas dans les locaux de Consensis, de Coinbase ou à la rédaction de CoinTelegraph, mais bien a proximité d’une salle serveur dans un sous-sol californien.

Coinbase, expulsé du AppleStore, Metamask viré comme un malpropre par Google

C’est très récent, et c’est la toute dernière preuve d’amour des GAFAM pour l’industrie blockchain, cette fois-ci c’est Apple qui s’occupe de porter la bonne nouvelle : l’app Coinbase est expulsée de l’AppStore de la marque à la pomme croquée. C’est d’ailleurs l’ensemble des dApps qui sont menacées par ce qui ressemble fortement à une campagne d’épuration de tout ce que le store compte d’applications décentralisées.

Le GooglePlaystore n’est pas en reste, en annonçant à la stupeur générale et au même moment, délister le célèbre wallet Ethereum MetaMask. Simple hasard de calendrier, c’est possible. De manière surréaliste, c’est la politique d’interdiction des applications de minage de cryptomonnaies qui est invoquée pour expliquer cette soudaine mise à l’index. La situation, une fois encore se réglera quelques jours plus tard.

L’absence d’alternatives décentralisées

A l’occasion de ce qu’il convient de nommer le “YouTube Gate“, il n’a pas fallu longtemps pour que les principaux concernés, les Youtubers, qu’ils soient amateurs éclairés ou plus professionnels, appellent d’une seule voie à la migration vers des solutions moins centralisées, moins facilement censurables, plus conformes aux standards et aux valeurs de la blockchain en somme.

Le problème – et Guillaume Chanut en parlait encore il y a quelques jours dans son papier sur les protocoles dans la perspective du web 3.0 c’est que les conditions d’une migration massive vers des solutions alternatives sont encore loin d’être réunies.

Plateformes en version beta, déficit d’ergonomie et surtout audience confidentielle, rien n’existe actuellement qui soit en mesure de concurrencer sérieusement l’ergonomie, la puissance et la fameuse UX (Expérience Utilisateur), d’un Facebook ou d’un YouTube.

Seules peut-être des plateforme immédiatement puissantes, à l’image du futur réseau social VOICE de EOS pourraient potentiellement avoir la masse critique suffisante pour constituer une possible option.

VOICE, annoncé pour 2020 sera t-il un “game changer” ?

L’avis d’Owen Simonin, @Hasheur

Qu’on soit ou pas adepte de Youtube, si on s’intéresse depuis plus de 2 heures à la crypto, difficile de ne pas connaître Hasheur alias Owen Simonin à la ville.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Hasheur-680x507.png.

Le jeune entrepreneur qui tient la chaîne Youtube éponyme aligne 136 000 abonnés, ce qui en fait l’influenceur crypto francophone le plus suivi. A ce titre, la semaine de Noël a dû être des plus éprouvantes pour lui. Sollicité, il a bien voulu partager son sentiment sur l’épisode du YouTube Gate :

« Je ne crois pas à la théorie du complot, qui verrait YouTube tenter une offensive contre la communauté crypto, au travers de ses influenceurs. Déjà, parce que YouTube ne disposerait pas de la moindre base réglementaire pour mener une telle purge, et puis la plateforme n’a pas le moindre intérêt à jouer sur ce terrain, vis-à-vis de son image et de l’importance de conserver les influenceurs sur sa plateforme centralisée…même si ceux-ci prônent plus de décentralisation ! »

Hasheur qui a suivi de prés le déroulé des événements en est convaincu : une fois encore l’ensemble de la communauté a été victime des dégâts collatéraux provoqués par une poignée de scammers, véritable cancer de l’industrie crypto que seul un système immunitaire fort est en mesure de combatte.

« Aux alentours de Noël, nous avons assisté à une prolifération de chaînes Youtube bidons, promouvant des scams basiques du type “on double vos Bitcoins”. Des sommes importantes ont été perdues par des victimes de ces escroqueries, qui ont probablement signalé des vidéos en masse. L’algorithme de Youtube c’est manifestement mis à bannir des vidéos sans distinction, en réaction à cet épiphénomène, qui a donc massivement impacté tous les contenus crypto, y compris les plus légitimes ».

Pour autant, Owen convient que l’épisode a été une fois encore révélateur de la puissance concentrée en bien peu de mains d’une plateforme hégémonique comme Youtube :

« C’est tout le paradoxe : les influenceurs apprécient et ne peuvent pas se passer de Youtube pour sa puissance de diffusion, résultante de sa situation de monopole. »

« Or ce monopole pose problème, particulièrement pour notre communauté qui prône des solutions plus décentralisées pour de nombreux aspects du quotidien, y compris la diffusion de contenus. Le soucis, c’est que pour le moment les alternatives à YouTube sont à des années-lumières de la visibilité qu’offre la plateforme vidéo de Google, même dans les alternative centralisées. Par exemple, DailyMotion, draine de 50 à 100 fois moins de trafic, alors imaginez les projets basés-blockchain, à la taille confidentielle, quant-ils ne sont pas purement et simplement laissés à l’abandon, faute d’audience…».

Pour autant, Hasheur ne désespère pas de voir émerger des solutions alliant décentralisation et puissance de diffusion. A ce titre, il s’amuse de la toute récente annonce du jeune patron de TRON, Justin SUN, jamais en retard d’une opportunité à saisir :

« Justin SUN, “comme par hasard” vient d’annoncer le rachat de D-Live’s, une plateforme de diffusion de contenu entièrement décentralisée. On verra bien maintenant si le produit sera à la hauteur des ambitions affichées ».

Si l’année 2020 est régulièrement désignée comme celle de l’arrivée massive des investissements institutionnels, il n’existe pas de raisons solides d’envisager que les technologies de Registres Partagés donneront rapidement naissance à des alternatives viables aux solutions centralisées actuelles.

En effet, seule une migration massive d’utilisateurs serait de nature à modifier les centres de gravité actuels, et seul un incitatif fort pourrait permettre cette bascule. Le modèle reste donc clairement à créer.

Et sur ce chemin complexe à arpenter, aucune aide, aucune compassion ne sera à attendre de GAFAM pas franchement prêts à desserrer l’étreinte d’une centralisation qui les a propulsé maîtres du monde en une décennie.

Abonnez-vous gratuitement
Rejoignez notre communauté de passionnés du Bitcoin et des crypto-monnaies

Akon choisit une blockchain “interstellaire” pour lancer sa cryptomonnaie

C’est officiel. La cryptomonnaie baptisée « Akoin » du rappeur Akon va être lancée sur la blockchain du réseau Stellar cette année. Beaucoup ont été pris de court, car la plupart pronostiquaient sur d’autres blockchains qui semblaient plus aptes à porter la cryptomonnaie du rappeur…

Block.one investit 150 millions dans le réseau social VOICE

Après avoir passé 9 mois sous les ailes de la société Block.one, sa société mère, la plateforme de réseau social Voice va enfin pouvoir voler de ses propres ailes. Block.one y a injecté un investissement en capital de 150 millions de dollars, dont 100 millions…

BINANCE se lance à l’assaut du peer-to-peer en Amérique latine

Accessible à de nombreux utilisateurs en Amérique Latine, l'exchange Binance entend développer ses actions dans la région. Le géant mondial des crypto vient ainsi d'annoncer le lancement du trading peer-to-peer (P2P) pour 5 monnaies fiat en Amérique du Sud. Binance espère accélérer davantage cette forme…

Lutte anti-inflation : 132 millions $ d’EOS ont été détruits

Le réseau EOS a subi un nouveau burn de jetons - le deuxième - le 25 février dernier. Cette fois-ci, 34 millions de jetons EOS – ce qui équivalait au cours du moment à 132 millions de dollars - ont dû être brûlés, dans le…

Bitcoin, cryptoactifs et impôts, Crypto.com vous facilite la vie

Bonne nouvelle pour la cryptosphère ! Enfin, bonne nouvelle... La plateforme va faciliter la vie de ses client, mais également combler le fisc de joie. En effet, Crypto.com, vient d’annoncer un partenariat avec trois fournisseurs de services fiscaux. L’annonce arrive à point nommé dans un…